Dans le reflet du miroir. Oui. C’était dans le reflet du miroir que je l’observais. Cette jeune mariée.

J’étais allée chez le coiffeur. Prendre soin de moi, lâcher prise. Tout ça !

Elle est entrée. Elle était en robe de mariée, on était samedi en tout début d’après-midi. Son mari tout neuf la suivait. Elle tentait de garder son calme mais on voyait bien qu’elle était ulcérée. Elle fulminait.

« LA CATASTROPHE. »
Elle explique. La catastrophe. Son chignon, tendu, serré par ce même coiffeur quelques heures plus tôt, était entrain de lâcher. Elle grogne, elle menace, elle explique que c’est une catastrophe, un scandale, ce chignon de mariée qui se défait, comme ça, en pleine journée. Qu’il est « hors de question » qu’elle passe la soirée, SA soirée, comme ça, dans cet état. Le mari est contrit. Gêné. C’est son épouse toute neuve qu’il regarde, insulter le coiffeur, le mépriser. Je crois qu’il s’en fiche bien de ces mèches de cheveux un peu tombées. Lui, ce qu’il voit, c’est sa femme qui ne lâche rien. RIEN. Un jour de fête pourtant. C’est juste un chignon. Merde quoi ! Ce sera quoi, la suite ?

Je regarde.
Je voudrais me lever et lui dire. De lâcher prise, un peu, deux secondes. Qu’elle comprend pas, bordel, que ces mèches de cheveux tombées dans son joli cou blanc de mariée, c’est justement ce qui la rend si jolie. Que ce qui est beau chez une femme, c’est ce qui se défait tout doucement tout au long de la journée. Que c’est sexy, son chignon un peu tombé.
Je ne dis rien. Elle me foutrait une baffe tellement elle est énervée. Elle n’aurait pas tord de le faire. Je suis qui, moi, pour lui expliquer.

N’empêche je repense très souvent à cette femme. Je me demande si elle a continué comme ça, à vouloir à ce point tout maîtriser. Le mariage, les enfants, le boulot, la famille. TOUT.

Surtout cette histoire me renvoie à mon propre désir de tout contrôler.
Savoir lâcher. Laisser couler.
Je trouve que c’est un effort au quotidien.
Je me moque de cette mariée. Mais c’est pas si simple.
En tout cas j’ai beaucoup de mal, alors je fais des efforts. Un petit peu. Tous les jours.

Et vous, vous savez lâcher prise ?