Pour quelqu’un qui bosse dans l’univers des cosmétiques toute la journée, choisir son parfum n’est pas la chose la plus simple du monde.

D’abord, il faut s’affranchir des marques avec lesquelles on travaille, même si on les adore. Parce que revoir dans ma salle de bains les produits sur lesquels j’ai planché toute la journée, très peu pour moi. J’ai besoin de me laver les yeux et le cerveau.

Et puis j’ai toujours trouvé assez délicat d’arriver en rendez-vous professionnel en portant un parfum de la marque dudit RDV (« Aaaaah, mais tu portes notre parfum mythique, c’est géniaaaal ! »). En fait, je trouve que c’est un positionnement qui manque de subtilité (même si je sais que ça se fait beaucoup). C’est comme si j’arrivais chez Dior entièrement habillée en Dior. C’est bizarre. Ça fait un peu trop lèche-bottes affiché.

J’ai longtemps changé de parfum. Au grès de ce qui sortait, de la saison, de mes humeurs ou d’une pub incroyable que j’avais vue à l’arrêt de bus (genre Kate Moss pour Coco Mademoiselle de Chanel pour celles qui s’en souviennent ; il m’a fallu à peu près 2 jours avant de craquer).

Mais au fond de moi je rêvais de trouver MON parfum. Celui de tous les jours, de toute l’année. Celui qui ne me quitterait jamais et qui m’identifierait.

J’ai toujours été admirative des femmes que je croise dans ma vie et qui portent le même parfum depuis des années. Je trouve que c’est très beau. Leur parfum fait intégralement partie d’elles. Comme un compagnon qui ne les lâche jamais. Quand je travaillais chez Louis Vuitton, ma chef avait SON parfum. Et quand on approchait de son bureau, on le sentait, il envahissait tout. J’adorais ça.
Une autre collègue m’avait raconté que son parfum lui avait été offert par un ex petit-ami des années auparavant : Chanel N°5. Un classique intemporel. Et qu’elle en était immédiatement tombée amoureuse (bon, pas du garçon qu’elle a fini par quitter). Elle n’en a jamais changé. Elle avait un petit vaporisateur dans son sac, et régulièrement dans la journée elle en remettait. Comme une façon de se réconforter.

Alors je me suis mise en quête de trouver, moi aussi, mon parfum.
J’ai cherché pendant des mois. En passant des heures chez Sephora ou aux Galeries Lafayette. Sans idée préconçue. J’ai senti ou ressenti presque toutes les fragrances qui me passaient sous le nez (héhé). Mais rien ne me faisait vraiment chavirer. Alors je me suis tournée vers des parfumeurs de niche. J’ai senti des parfums magnifiques. Mais pas le mien !

J’ai fini par en parler à une très bonne amie. Elle m’a dit : « Lydie, il te faut un parfum ancien, pas à la mode. Un intemporel. Une fragrance rare. Que peu de gens portent. Regarde chez les parfumeurs d’origine, ceux dont c’est le métier depuis toujours. Tu devrais aller chez Guerlain. Regarde du côté de leurs parfums les plus anciens, je suis certaine que tu vas trouver chez eux ce qu’il te faut. »

J’y suis allée, même si j’étais un peu sceptique. Guerlain est une marque que je connaissais assez bien. Mais bon, pourquoi pas après tout.
Et c’est là que je me suis aperçue que je n’avais pas bien regardé leur gamme. Tout en bas des rayons, (là où on ne regarde jamais, même moi dont c’est le travail, je me fais systématiquement avoir). Il y avait une rangée de petits flacons, juste 2 ou 3. J’ai testé. Et là j’ai trouvé. Mitsouko. Jamais entendu parler avant (honte à moi, mais c’était il y a déjà un bon moment, soyez indulgents). Un parfum créé en 1919. Mystérieux, velouté, original (huhuhu, tout ce je rêvais d’être. Mais y’a du boulot hein. ). Bref. Je l’ai adopté. Et plus jamais quitté.

Et quand quelques temps plus tard, plongée que j’étais dans la lecture du passionnant Journal d’un parfumeur écrit par Jean-Claude Ellena (si vous aimez l’univers du parfum, lisez-le sans hésiter), j’ai pu y lire que Mitsouko est un de ses parfums préférés, alors là je vous dis pas comme j’étais fière, les yeux planqués derrière mon bouquin.
Ça y est c’était sûr, je l’avais bel et bien trouvé, MON parfum.